Furious

By: L J Shen

Prologue


Bane




Avant


Un menteur.

Un arnaqueur.

Un voleur sans foi ni loi.

Ma réputation était comme une énorme vague sur laquelle je surfais. Elle engloutissait tous ceux qui m’entouraient et noyait toutes les tentatives de me rouler.

J’étais connu pour fumer du shit, mais je me shootais au pouvoir. L’argent ne signifiait rien. C’était tangible, et donc facile à perdre. À mes yeux, les gens n’étaient qu’un jeu. Un jeu auquel j’avais toujours gagné.

Déplacer les tours.

Éloigner la reine si nécessaire.

Défendre le roi en permanence.

Jamais je ne me laissais distraire ni décourager, et je ne connaissais pas la jalousie.

Imaginez donc ma surprise en éprouvant les trois à la fois.

C’est une sirène à la crinière noire comme du charbon qui m’a privé de la plus grande vague que j’avais vue de tout l’été. De ma précieuse attention. De mon propre souffle.

Telle la nuit tombante, elle a glissé insensiblement de l’océan vers la plage de sable.

À califourchon sur ma planche de surf, j’en suis resté médusé.

Edie et Beck se sont arrêtés à côté de moi ; du coin de l’œil, je les voyais flotter sur leurs planches.

— Elle est maquée avec Emery Wallace, m’a averti Edie.

Voleur.

— Cette fille est le plus gros canon de la ville, s’est esclaffée Beck.

Arnaqueur.

— Surtout, elle ne sort qu’avec des types pleins aux as.

Menteur.

J’avais toutes les qualités requises pour la ferrer.

Son corps ressemblait à une neige fraîchement tombée : blanc, immaculé, à croire que le soleil brillait toujours à travers elle sans jamais l’imprégner. Sa peau défiait les lois de la nature, sa croupe ébranlait ma raison, mais les mots inscrits sur son dos ont chamboulé mon esprit.

Ce ne sont pas ses courbes, ni sa manière de balancer des hanches comme s’il s’agissait de deux pommes empoisonnées qui m’ont fait réagir.

C’est le tatouage que j’avais remarqué lorsqu’elle avait nagé près de moi plus tôt, les mots qui ruisselaient le long de sa nuque et dans son dos en une flèche verticale.

Ma vie entière n’a été qu’une attente de toi.

Pouchkine.

Je ne connaissais qu’une seule personne complètement fan du poète russe et, comme le célèbre Alexandre, il se trouvait actuellement six pieds sous terre.

Mes amis se sont mis à ramer en direction du rivage. Moi, je ne pouvais pas bouger. Je bandais comme un dingue. Je ne croyais pas au coup de foudre. Au désir, peut-être, mais ce n’était pas le mot qui me venait à l’esprit. Non. Cette fille m’intriguait, putain.

— Comment elle s’appelle ? ai-je demandé en retenant Beck par la cheville.

Edie a cessé de ramer et a regardé en arrière pour nous considérer l’un après l’autre.

— On s’en fout, bro.

— Comment. Elle. S’appelle ? ai-je répété, les mâchoires crispées.

— Mec, c’est, genre, une gamine.

— Je ne le demanderai pas une troisième fois.

Beck a dégluti, faisant saillir sa pomme d’Adam. Il savait pertinemment que je n’étais pas du genre à déconner. Tant qu’elle était majeure, j’étais partant.

— Jesse Carter.

J’aurais Jesse Carter dans la poche avant même qu’elle me connaisse.

Avant même que moi, je la connaisse.

Avant que sa vie se retrouve sens dessus dessous et que son destin se réécrive en lettres de sang.

Voici donc la vérité, celle que même le menteur éhonté que j’étais refuserait d’admettre par la suite : je l’avais désirée avant.

Avant qu’elle devienne une transaction.

Avant que la vérité l’emprisonne.