Furious

By: L J Shen


Depuis, elle avait juré de ne plus jamais se laisser approcher par un homme.

Et elle avait tenu parole.

Ça me tuait que ma mère ait renoncé à l’amour, mais c’était peut-être aussi pour ça que je me devais d’être plus conciliant.

Flocon de neige s’est tassée sur elle-même et son menton s’est mis à trembler.

— OK, a-t-elle enfin chuchoté. Si tu veux.

En la voyant dans cet état, je me suis mis à douter de ma prétendue bonne idée.

— Tu es sûre ? On n’est pas obligés.

Néanmoins, les yeux rivés à la route, je ne cessais de me répéter la même phrase en boucle.

Il faut que tu lui laisses une chance, Jesse. Pour moi.

Je n’arrêtais pas de jeter des coups d’œil à mon téléphone. Voyant arriver le texto que j’attendais, j’ai souri.

— Qu’est-ce qui se passe ? a-t-elle demandé en gigotant sur son siège.

— Beck a gagné la compétition.

Elle m’a regardé, bouche bée.

— C’était aujourd’hui ?

J’ai fait « oui » de la tête.

— Mais, Bane…

— C’est pas grave. J’ai déjà vu mon lot de compètes. Et c’est Roman.

— Roman ?

— Oui ?

— Je veux rencontrer ta mère.

— Qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?

— Toi.

J’ai tourné la tête vers elle, et elle m’a décoché un sourire amer.

— C’est toi qui m’as fait changer d’avis. Ton donneur de sperme était manifestement un salaud, et pourtant tu es la meilleure personne que je connaisse, ce qui veut donc dire qu’elle a dû bien s’y prendre. Alors oui, j’aimerais la connaître.

J’ai hoché la tête et j’ai viré à droite pour me rendre chez ma mère. C’était le week-end. Elle serait chez elle et ravie de me voir. Elle serait également enchantée de rencontrer Jesse après tous les problèmes qu’on avait rencontrés. Ça n’avait pas été une volonté de ma part que de lui en parler, mais elle avait failli défoncer ma porte au moment où je pleurais sur mon sort parce que Jesse m’avait quitté. J’avais fini par me confier à elle, et elle m’avait assuré que tout finirait par s’arranger.

Probablement.

Certainement.

Enfin, on espérait, quoi.

Je me suis garé devant chez ma mère et je suis descendu du pick-up pour ouvrir la portière de Jesse. Elle n’arrêtait pas de vérifier son téléphone. J’ai dû le lui arracher pour le ranger dans la poche arrière de mon pantalon.

— Détends-toi. Ils ne vont pas les arrêter et les relâcher aussi sec parce qu’ils ont oublié d’apporter du shit à la soirée, l’ai-je rassurée.

Elle a froncé le nez de manière adorable, et ça m’a excité à mort. Cela dit, il n’y avait pas grand-chose chez Jesse qui ne m’excitait pas.

On est entrés dans la maison. J’ai envoyé valser mes rangers dans un coin, et Jesse a ôté ses Keds avant de les disposer soigneusement près de la porte. D’habitude, elle n’était pas du genre minutieux, alors j’y ai vu un bon signe. Elle tenait à faire bonne impression.

— Mamul ? ai-je appelé depuis le couloir.

J’ai entendu un bruit mat en provenance de la chambre, suivi d’un gémissement. Ma mère en est sortie quelques secondes plus tard, en peignoir et les joues écarlates. Elle a balayé ses cheveux en arrière et a souri en rougissant de manière suspecte.

— Roman. Mon soleil.

J’ai fait un pas de côté et j’ai adressé un hochement de tête à Jesse.

— Voici Jesse. Jesse, c’est ma mère, Sonya.

Elles se sont serré la main. Je lui ai demandé si on tombait mal. Elle a répondu qu’elle était toujours heureuse de me voir. J’avais l’impression qu’il y avait quelqu’un dans sa chambre, mais je n’avais pas vraiment envie de savoir qui, alors j’ai proposé d’aller nous chercher un café pendant que Jesse se mettait à l’aise. Ma mère a poussé un soupir de soulagement, et Jesse m’a fusillé du regard. J’aurais été incapable de voir un mec sortir de la chambre de ma mère sans lui casser les deux jambes.