Furious

By: L J Shen


— Mon téléphone, s’il te plaît, a réclamé Jesse en tendant la main et en me lançant un regard noir.

J’ai sorti son portable de ma poche.

— Prends plein de photos de lui, que je sache qui poignarder plus tard.

— Bane ! a-t-elle sifflé.

Elle avait fait exprès de m’appeler comme ça parce que je me comportais comme un connard.

— Quoi ? Il s’est tapé ma mère.

Au Starbucks, il y avait une queue de tous les diables. Quand ça a enfin été mon tour de commander, j’ai appris qu’ils n’avaient plus le café bizarre que ma mère affectionnait. J’ai dû aller ailleurs, et vingt minutes ont fini par s’écouler entre mon départ de la maison et mon retour. Je m’imaginais déjà retrouver le sol jonché de poignées de cheveux parce qu’elles se seraient bagarrées, alors j’ai été agréablement surpris de les voir assises l’une en face de l’autre. Ma mère avait une main posée sur le genou de Jesse, et des larmes silencieuses coulaient sur le visage de Flocon de neige.

Je suis entré dans le séjour, j’ai lâché le sac en papier de chez Starbucks avec les donuts glacés et je leur ai tendu un café à chacune. Ma mère a aussitôt bu une gorgée. Jesse a levé les yeux et m’a souri à travers ses larmes.

— Je déteste le café, a-t-elle dit.

J’ai haussé les épaules et j’ai bu un peu de mon latte.

— Pareil.

Ma mère nous a observés l’un après l’autre et a éclaté de rire.

— Roman, c’est quoi le contraire de la haine ?

— Jesse.



Le téléphone a sonné une heure plus tard alors qu’on était debout dans le couloir, sur le point de partir. J’ai dit à Jesse que c’était à elle de voir. Elle pouvait prendre le pick-up si elle préférait y aller seule, ou alors je pouvais l’accompagner.

— Si tu veux tout savoir, je préférerais venir, mais le choix t’appartient.

À côté de nous, ma mère a souri comme si on s’apprêtait à échanger nos vœux de mariage et non à se lancer dans une guerre, même si je savais qu’on n’aurait pas besoin de munitions pour cette bataille. Flocon de neige était équipée de la vérité, la plus puissante arme sur Terre. Jesse a glissé un regard vers ma mère, lui a pris la main de manière inattendue et l’a serrée.

— Merci d’avoir aimé mon père quand ma mère en était incapable.

— Merci d’être devenue une jeune femme dont il aurait été fier, a renvoyé ma mère.

Génial. Voilà ma mère qui chialait, Jesse aussi, et moi qui avais besoin d’un joint, d’un verre et qu’on me taille une bonne pipe histoire de ne pas avoir le sentiment d’être le héros d’un épisode de Dawson. Elles se sont serrées dans les bras. J’avais l’impression que les fragments de mon cœur venaient de se recoller.

Mon père était un violeur.

Ma petite amie s’était fait violer.

Et pourtant, quelque part, j’avais réussi à rendre les deux femmes de ma vie plus fortes et rayonnantes de fierté.

Je me suis appuyé contre l’encadrement de la porte et j’ai agité les clés entre mes doigts.

— Alors, qu’est-ce que ce sera ? Chaque minute que tu passes ici est une minute de plus où Emery n’est pas en taule.

Elle s’est écartée de ma mère aussi sec.

Maman a essuyé les larmes de Jesse et a souri.

— Tu es plus forte que tes circonstances, a dit ma mère en anglais.

— Spasiba, a répondu Flocon de neige avant de pivoter vers moi et de tendre la main. Tu peux venir avec moi ? Au cas où j’aurais besoin qu’on porte mon épée ?