Furious

By: L J Shen


L’inspectrice Villegas m’a expliqué la procédure. J’ai repensé à la première fois qu’Emery Wallace m’avait demandé de sortir avec lui. J’avais été tellement heureuse ce jour-là que je m’étais cognée dans un mur à force de marcher le nez en l’air.

Regarder ses violeurs dans les yeux à travers une vitre teintée tout en sachant qu’ils étaient conscients de la présence de leur victime était une étrange sensation. Quand Emery est entré, j’ai senti une vague de chaleur déferler dans ma poitrine. Les pupilles dilatées, il scrutait la vitre sans tain, comme s’il me voyait. Nolan et Henry étaient à ses côtés, au milieu d’hommes aux âges et aux allures variés. Les trois garçons avaient l’air aussi furax que flippés.

— Prenez votre temps, m’a chuchoté Madison à l’oreille. Respirez.

J’ai brandi mon épée.

Maintenant, ils ne pouvaient plus me faire de mal.

Je les ai calmement montrés du doigt, chacun leur tour.

— Ce sont eux, les coupables.

Sur un hochement de tête, Villegas a quitté la pièce.

J’ai plaqué une main sur la vitre et je leur ai souri. Emery a souri à son tour, comme s’il pouvait me voir. Je l’ai contemplé. Sa tignasse châtain clair à la coupe stylée. Ses beaux yeux bleus. Son corps athlétique, son polo de mec bien sous tous rapports. Nolan, avec sa mine d’Américain pur jus bien éduqué. Henry, le petit bourgeois venu de l’enfer, avec son air dégingandé et son nez osseux, le parfait petit héritier. Je les regardais, et ils me regardaient, mais ils ne voyaient que du noir, parce que c’était ce que j’étais devenue pour eux.

Leur part de ténèbres.

L’ombre qui planait sur leur passé et assombrissait leur avenir.

Qui ne disparaîtrait jamais.

Qu’ils ne pourraient jamais oublier.

Je continuerais de m’étendre, de conquérir, de me rappeler à leur souvenir, histoire de m’assurer que d’autres femmes ne connaîtraient pas le même sort.

J’ai pressé le visage contre la vitre glacée et j’ai ri. Bane était dehors. Il ne pouvait pas voir la folie qu’ils faisaient naître en moi, et c’était tant mieux. Cet instant de démence m’appartenait. À moi, et à personne d’autre. Enfin, outre les policiers, qui avaient sûrement vu pire.

— Vous n’allez pas vous en sortir comme ça, leur ai-je promis tout bas.

Je savais qu’il me restait un sacré bout de chemin à parcourir avant de tourner la page. Il me faudrait passer par des avocats, des tribunaux. Je ne pourrais pas hurler sur Emery, mordre Nolan comme il m’avait mordue, ni frapper Henry comme il m’avait frappée.

Mais ça ne me dérangeait pas.

— Je peux y aller ? ai-je demandé en me retournant.

On m’a accompagnée dehors pour s’assurer que je ne croiserais pas les garçons ou leurs parents. La première chose que j’ai faite a été de m’effondrer dans les bras de mon petit ami en riant et en pleurant simultanément, submergée par les émotions. L’inspectrice Villegas se tenait devant la porte. Un sourire flottait sur ses lèvres.

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que justice avait été faite.

Que la princesse avait gagné.

Et que, par miracle, elle avait même trouvé son prince.





Épilogue


Jesse




Un an plus tard


SALOPE. LA PUTAIN DE BABYLONE. JÉZABEL.

Emery, Nolan et Henry sont maintenant derrière les barreaux, alors on ne me crache plus ces mots au visage quand je marche dans la rue. Ils ont écopé de treize ans chacun, la peine maximale en Californie dans les affaires de viol. Le juge avait beaucoup à dire sur le comportement des garçons quand il a rendu son verdict. Surtout que d’autres filles s’étaient manifestées.