Furious

By: L J Shen


Mais j’ai besoin de toi.

J’ai besoin de toi.

La vache, qu’est-ce que j’ai besoin de toi.

— Joyeux anniversaire.

Je détache le chiot. Je sais que j’ai fait le bon choix — même si j’en étais déjà sûr en le voyant au refuge — quand il court vers elle et qu’elle pose aussitôt son livre pour le serrer dans ses bras. Il lui lèche le visage, comme s’il lui appartenait déjà. Elle pousse un petit cri aigu, le sourire jusqu’aux oreilles. Je sors mon téléphone pour les prendre en photo.

Clic.

Souviens-toi de cet instant.

— Roman ! s’écrie-t-elle en le serrant contre son cœur et en l’embrassant sur le sommet du crâne. C’est parfait. Il est parfait, rectifie-t-elle après l’avoir soulevé pour vérifier son sexe. Je vais l’appeler Pouchkine.

— Ce n’est pas fini, l’avertis-je.

Elle hausse un sourcil, se rappelant sûrement que c’est ce que je lui ai dit l’année dernière quand je lui ai offert la boule à neige. Je décide sur-le-champ, presque malgré moi, de ne pas y aller par quatre chemins.

Je mets un genou à terre.

Je sors l’anneau que je lui ai acheté il y a bien, bien longtemps.

Et je baisse les yeux. Pour la première fois de ma vie, je me la joue humble.

J’ai acheté cette bague quand j’ai compris que je n’avais pas besoin de SurfCity ou d’un centre commercial, ni d’une secrétaire à la Vicious qui avait l’air prête à péter une durite chaque fois que je regardais dans sa direction. J’ai vendu l’hôtel et j’ai acheté la bague le même après-midi. La somme était la même. Zéro regret.

— Tu as intérêt à dire « oui », parce qu’on dîne avec ma mère et Hale ce soir, qu’il va lui demander sa main et que je compte bien le battre à son propre jeu.

— C’est donc ça, des fiançailles, à tes yeux ? Un jeu ?

Je fais la moue.

— Disons que tu n’es pas trop mal comme candidate.

Elle glousse, embrasse encore Pouchkine. Ce nom me plaît. Ça fera plaisir de l’entendre résonner entre les murs de notre maison.

— Ça tombe à point.

— Comment ça ? demandé-je en souriant.

— Parce que…

Elle soulève son haut. Jesse a passé ces deux derniers mois à se faire faire un tatouage complexe pour recouvrir les marques laissées sur sa peau par ces salauds. Il s’agit d’un motif de glaïeul, une fleur qui symbolise la force et l’intégrité, dont le nom provient de gladius, le mot latin qui veut dire glaive. Je cligne des yeux sans comprendre.

— Parce que ? répété-je.

Elle repose Pouchkine, me prend la main et la plaque contre son ventre.

— Tu sens ?

— C’est tout dur.

— Parce que c’est ton bébé là-dedans.

J’en ai le souffle coupé. Je me doutais un peu que ça arriverait un jour. Jesse ne prenait plus la pilule, et l’autre jour elle m’a demandé ce que je pensais des enfants. Sans trop savoir si elle flipperait parce que j’en voulais, ou si elle serait déçue d’apprendre que je n’en voulais pas, j’ai opté pour la prudence. La vérité, c’est que j’étais impartial. L’essentiel, c’était celle avec qui j’en aurais.

J’ai haussé les épaules. Elle m’a dit qu’il fallait généralement six mois pour tomber enceinte après avoir arrêté la pilule.

Il nous a fallu moins d’un mois.

Merde alors.

Je suis encore à genoux.

— C’est là que tu es censée donner ta réponse.

— Ouais. Je veux dire, oui. Oui, oui, oui ! s’écrie-t-elle, et je lui glisse l’anneau au doigt.

Sauf que je me trompe de doigt. Elle me dit que quitte à lui passer la bague au doigt, autant le faire comme il faut, et je lève les yeux au ciel en lui affirmant que j’ai pas l’habitude de ces conneries d’amoureux. Elle m’assure que je m’en sors à merveille, et on est heureux.